Pour une police de quartier

Publié le par Claudine LEDOUX, Maire de Charleville-Mézières

Les clichés ont la vie dure. La légende raconte que la droite est vigoureusement efficace sur le terrain de la sécurité. En revanche, la gauche est cantonnée au laxisme et sert d’ambulance aux grands brûlés du libéralisme.
Mais ces temps-ci, le mythe de la droite qui sait assurer la sécurité de nos concitoyens s’effondre. En fait de politique de sécurité, la droite se contente de radariser l’automobiliste et de rouler des mécaniques, parfois jusqu’à provoquer la révolte imbécile et aveugle qui a agité les banlieues. Le candidat SARKOZY prend la pose de l’homme providentiel. Or il n’y a pas d’homme providentiel sans situation de crise. Cette crise, la droite ne rate pas une occasion de l’approfondir.
A Charleville-Mézières, on constate les effets de cette politique. Pas un uniforme de la police nationale en vue lors de la fête de la bière, cela pose des problèmes. La disparition de la police urbaine de proximité, signifie moins de présence humaine dans nos rues et la multiplication des tags. Les dégradations dans les halls d’immeuble alimentent l’impression que les responsables sont aux abonnés absents. Les liens de confiance qui avaient pu s’établir entre les forces de l’ordre et les habitants ont ici et là été rompus. Le but d’une police efficace n’est pas uniquement de faire peur, elle doit aussi arrêter les délinquants. La Direction Générale de la Police Judiciaire constate une baisse des atteintes aux biens, par contre l’augmentation réelle des violences faites aux personnes atteint un niveau insupportable. Cet accroissement des agressions physiques traduit le fait que la délinquance s’est reportée des biens vers les personnes elles-mêmes. Au lieu de voler les voitures, on s’en prend aux conducteurs.
Tout cela est le résultat d’un choix du gouvernement. Celui de laisser de plus en plus souvent le soin à chaque citoyen de se protéger lui-même. Le marché privé de la sécurité (portes blindées, alarmes auto, vigiles, vidéosurveillance) devient florissant.
Pendant ce temps, Madame POLETTI et ses amis de l’UMP votent des lois et des budgets qui fabriquent des délinquants à tour de bras. C’est encore le cas avec la dernière loi sur la sécurité qu’on nous inflige.
 
Parmi les nouvelles mesures les plus contestables, le renforcement de la responsabilité du Maire est à l’ordre du jour. Il est question de lui donner un rôle de sanction comme un juge. Les élus de gauche n’ont pas l’habitude de se défausser de leurs responsabilités, mais une fois de plus, la droite va passer la patate chaude aux élus de terrain sans mettre les moyens qui vont avec. De nombreux maires, toutes tendances confondues, protestent contre l’accroissement des inégalités entre territoires : lorsqu’on vit en HLM, on a deux fois plus de chance d’être agressé.
On a pu constater pendant les émeutes que les élus locaux dans certains quartiers sont considérés comme les derniers médiateurs. On ne doit pas se priver de ce recours entre les institutions et des populations qui ne connaissent que le côté répressif de la police. Il ne faut pas confondre les rôles de procureur et d’élu local, il en va de la démocratie la plus élémentaire.
 
Pour la gauche, la sécurité des biens n'est pas plus importante que celle des personnes, au contraire. Je ne veux pas d'une sécurité à deux vitesses, la sécurité des villes et l'insécurité des banlieues. La sécurité de chacun est une première condition de l'égalité et de la liberté qui fondent notre pacte républicain. Cela implique une véritable police des quartiers, des gardiens de la paix qui connaissent les habitants parce qu'ils sont sur le terrain tous les jours, et pas uniquement lorsque survient un problème.

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