Charleville-Mézières – Kaboul (en passant par Washington) : déchirer l'écran de fumée

Publié le par PS Charleville


Le Président de la République est allé annoncer à Westminster, devant les parlementaires britanniques, l'approfondissement de la coopération militaire franco-anglaise, il a émis l'hypothèse d'une plus forte intégration de la présence française dans l'alliance atlantique et l'envoie possible de troupes supplémentaires en Afghanistan. Plus précisément, il a prévenu nos amis Britanniques que ces réflexions feraient l'objet de décisions au sommet de l'OTAN à Budapest. A l'issue du sommet qui s'est tenu dans la capitale Hongroise, tout cela a été confirmé.
Ces trois aspects se tiennent et font système avec la réforme qui nous occupe à Charleville-Mézières.

Kaboul

En renforçant le contingent de soldats Français en Afghanistan de 700 hommes dans le cadre de l'opération "Liberté Immuable", la France transforme totalement la nature de sa présence en Afghanistan : 700 Troupes de Marine supplémentaires pour prendre la relève des troupes américaines contre 80 militaires de plus pour former et encadrer l'armée Afghane dans le cadre de la Force Internationale d'Assistance pour la Sécurité. A ceux-là, il faut ajouter les 300 soldats que nous envoyons dans le cadre de la rotation normale du commandement de Kaboul.
700 militaires chargés du contrôle de zone, 80 pour "l'afghanisation" de l'armée locale. Telle est la nouvelle échelle des priorités. "L'occupation militaire de l'Afghanistan est l'affaire d'une génération", c'est ce qu'a déclaré Bernard Kouchner, faisant écho aux propos tenus au Canada par le Secrétaire Général de l'OTAN. Le mandat confié par l'ONU à la FIAS cours jusqu'en 2011. A cette date, l'Afghanistan devra disposer d'une armée nationale.
Il n'est pas interdit de penser que progressivement, la mission "Liberté Immuable" devient contradictoire avec celle de la FIAS.

Washington

Pourquoi former l'armée d'un Afghanistan souverain si c'est OTAN qui assure le rôle de force d'occupation ? Est-ce que l'occupation de l'Afghanistan par les Etats-Unis et la coalition qu'ils ont formé ne jette pas le discrédit sur le gouvernement Afghan, éloignant jour après jour l'avènement d'une solution politique à la guerre civile ?

Quels sont les buts de guerre américains là bas ? Ne cherchent-ils pas à s'implanter durablement dans un pays voisin de l'Iran qui contrôle une part importante du pétrole et du gaz de la mer Caspienne ? Est-ce compatible avec nos intérêts dans la région alors même que nous nouons des partenariats franco-allemands avec la Russie, à propos de cet approvisionnement énergétique ?
Voila quelles sont les questions parfaitement légitimes soulevées par cette réorientation radicale de la politique étrangère française. Des questions auxquelles l'UMP ne veut surtout pas répondre devant les représentants du peuple souverain.
Nicolas Sarkozy a décidé tout seul d'y répondre auprès du premier allié de Georges Bush puis devant l'OTAN. A l'issue du sommet, de Budapest, le porte-parole de la Maison blanche a rappelé que Georges Bush avait qualifié Nicolas Sarkozy "d'incarnation vivante d'Elvis Presley" ce qui souligne à la foi le caractère grotesque et inespéré de la position du Président de la République vis-à-vis de nos amis américains.


Charleville-Mézières

Jusqu'à présent la politique étrangère de la France consistait à tenter de former un pilier européen autonome de défense à l'intérieur de l'OTAN. Certains peuvent qualifier cet objectif de doux rêve. C'était notre politique.
La réforme des armées dont Charleville-Mézières va sans doute faire les frais, va réduire si drastiquement nos effectifs que nous ne seront plus capables d'assurer à la fois nos missions de coopérations militaire avec nos alliés tout en étant une Nation cadre pour une opération de l'OTAN. Nous faisons ainsi place nette à un commandement américain de nos forces armées. Dans le dispositif dessiné par le Président de la République, il n'y a pas de place pour une Europe de la défense.

"Le gouvernement conduit la politique de la Nation, il dispose de la force armée". Ce n'est pas nous, socialistes, qui disons cela, c'est la constitution de la République. Le virage à 180° que l'UMP est en train d'imprimer à notre politique de défense méritait que la représentation nationale s'exprime. C'est la raison pour laquelle, le groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, à l'initiative de Laurent Fabius a posé la question de confiance sur ce point précis.

"La défense est l'affaire de tous les citoyens", disait Jean Jaurès. Il n'est pas question qu'elle reste la "chose" du président de la République, des parlementaires britanniques et des représentants de l'OTAN, tout simplement parce qu'on voit bien où cela conduit la France : tout droit dans une impasse.


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Tom- 14/04/2008 06:42

Merci Bruno. Le mail de la section fini tôt ou tard chez moi. J'avais déja ce texte, mais c'est bien que chacun puisse le consulter.Une force d'action rapide de 60 000 hommes, j'avais oublié combien à l'époque cette capacité de déploiment était importante...

Bruno Lamothe 14/04/2008 00:17

Sur la présence en Afghanistan, il était prévu que celle-ci ne soit que d'une durée strictement limitée. Or, l'enlisement aidant, la droite, Kouchner en tête, parle aujourd'hui d'une occupation du pays durant "une génération" au moins ! Et ceci, sans débat réel, et surtout sans vote.J'en profite pour abonder dans le sens de François Hollande : le pire, c'est que la coalition de l'OTAN a lamentablement échoué dans tous ses objectifs : les talibans occupent toujours au moins la moitié du pays, la charia est toujours appliquée, les droits de la femme sont toujours bafoués, la culture de l'opium n'a jamais été aussi florissante, et toujours aucune trace de Ben Laden.Sur l'Europe de la Défense, j'ai conservé, dans mes e-cartons du congrès du Mans en 2005 cette contribution des sénateurs Ries et Yung. J'aurais voulu la transmettre à Thomas, mais je n'ai pas son adresse http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/44/77/22/roland-et-richard-yung-europe-de-la-d-fense-le-mans.pdf