Lettre aux enseignants

Publié le par PS Charleville

Madame, Mademoiselle, Monsieur,

Si je peux aujourd’hui m’adresser à vous, c’est à mes professeurs que je le dois, car c’est à l’école que j’ai été soutenue, encouragée, valorisée et que j’ai reçu le bagage qui m’a permis d’être une femme libre.
 
L’Etat sera demain le garant de la reconnaissance que vous attendez. Je m’adresse directement à vous toutes et à vous tous  parce que l’école, qui forme les générations de demain, qui prépare l’avenir de la Nation, est concernée prioritairement par le choix de société que les Françaises et les Français exprimeront les 22 avril et 6 mai prochains.
 
L’éducation ! Tel est, pour moi, l’enjeu majeur de l’élection présidentielle. Avec moi, l’éducation sera au cœur de tout et en avant de tout.
 
Lever des malentendus, vous dire mes convictions, ma confiance et ma reconnaissance pour votre mission, vous faire connaître ma volonté, tel est l’objet de cette lettre.
 
La République s’est construite par et autour de son école, l’école gratuite, obligatoire et laïque. Je suis moi-même la fille de cette école. J’en assume l’héritage ; j’en revendique les valeurs ; je veux poursuivre son œuvre dans l’avenir.
 
Notre pays vit des crises profondes : crise économique et sociale ; crise politique et morale ; crise de l’esprit public. Je veux apporter des remèdes à ces crises. J’ai voulu écouter les Françaises et les Français. Ils m’ont exprimé leur révolte, leurs colères. Ils réclament des réponses claires aux urgences auxquelles j’entends répondre pour réussir ce changement que notre pays attend : l’urgence économique et sociale, l’urgence éducative et culturelle, l’urgence écologique, l’urgence démocratique.
 
Je veux remettre le pays debout. Mais j’ai besoin, pour réussir dans cette tâche, de tout votre soutien et de tout votre engagement. Rien de grand ne se fera sans vous. J’ai pour l’école de la France une immense ambition. Pour refonder la République, pour guérir nos blessures, pour reconquérir nos territoires perdus, j’ai besoin de vous, de votre dynamisme, de votre engagement.
 
Je sais que l’école concentre toutes les difficultés de notre société. Mais je sais aussi qu’il ne lui appartient pas de  résoudre toutes ces difficultés. La société ne doit pas se défausser sur l’école de tous ses échecs ou de tous ses renoncements. C’est pourquoi, je l’ai dit, il faudra de nouvelles politiques territoriales, des aides aux parents, des moyens renforcés pour la justice, une priorité à l’emploi et au logement, la revitalisation du tissu associatif. Autour de l’école, de nouvelles politiques doivent aider l’école à assumer au mieux sa tâche, qui est d’instruction et d’éducation. Je m’y engage.
 
Mais si l’école ne doit et ne peut pas tout, son rôle est essentiel. Pour lutter contre le fléau du chômage, la montée des inégalités, la perte de l’esprit public, le retour des fondamentalismes et la marchandisation du savoir et de l'information, l’école est au premier rang du combat. C’est ce qui fait la dureté de votre tâche ; c’est ce qui fait aussi sa noblesse et sa vocation. Et si la France demeure l’une des premières Nations du monde, si elle a conservé son rayonnement et son attractivité, elle le doit en grande partie à son école, à la qualité et au dévouement de ceux qui la servent.
 
Depuis des années, l’école est attaquée : elle l’est dans ses moyens par des budgets insuffisants ; elle l’est dans ses missions par des ingérences pédagogiques inacceptables ; elle l’est dans son autorité et dans sa dignité par des procès d'intention et des mépris coupables. Cela doit cesser. Il faut donner à l’école de la République et à ceux qui la servent tous les moyens et toute la considération nécessaires pour lui permettre d’accomplir son œuvre nationale. Je m'y engage.
 
C’est pourquoi un plan pluriannuel de prérecrutement, de recrutement et de création d’emplois
 
Dès la rentrée de septembre prochain, je rétablirai les postes d’enseignants qui ont été supprimés.
 
Je veux redonner la considération qu’ils méritent aux enseignants, en améliorant les possibilités de formation, les conditions de travail, les déroulements de carrière, les rémunérations. C’est un vaste chantier qui supposera une très large concertation avec vous et une réflexion partagée sur les missions du métier d'enseignant. Je sais que vous y êtes prêts. Je veux que la Nation soit présente à ce rendez-vous. C’est pourquoi j’ai proposé comme méthode le dialogue et la concertation avec vos représentants dans le cadre d’Etats généraux de l’éducation que j’ai décidé de tenir dès juin prochain avec vous ainsi qu’avec tous ceux qui partagent la préoccupation de la justice et de l’excellence pour tous. Il ne s’agit pas de préparer une nouvelle réforme, mais de faire en sorte que notre éducation fonctionne mieux. C’est dans ce cadre que je proposerai la mise en œuvre d’un soutien scolaire individuel gratuit pour les élèves. Les enseignants qui souhaiteront l’assurer seront évidemment rémunérés.
 
Dans la fidélité à nos valeurs, je veux bâtir avec vous l’école du XXIème siècle, celle de la réussite pour tous vos élèves. La difficulté de votre tâche, je la connais ; j’en sais aussi la grandeur, et je sais la fierté que vous avez d’exercer votre mission.
 
Mon Pacte présidentiel place l’école en son cœur. Lorsqu’il faut vaincre les fatalités, les pesanteurs, les peurs, les égoïsmes, alors nous retournons toujours aux mêmes sources. Nous avons besoin des lumières du savoir contre l’obscurantisme, de l’égalité contre les privilèges, de la laïcité contre les fanatismes et les intolérances, de la gratuité et du service public contre la marchandisation de l’éducation.
 
Mon engagement politique s'est construit dans ma reconnaissance à l'égard de l'école. Je lui demeure fidèle. J’ai confiance en vous. Vous pouvez avoir confiance en moi.
 
Veuillez agréer, Madame, Mademoiselle, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

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Bernard MILLET 09/04/2007 14:18

Ségolène ROYAL veut maintenir voire déveolopper des postes d'enseignants Bravo .
Les maires de nos petites communes (sans étiquettes  donc souvent de droite) comprendront-  ils un jour que les regroupements pédagogiques tuent leur village et font une politique de terre brûlée. Regroupement pédagogique = -- d'enseignants= + de chauffeurs de bus=+ d'accompagnatrice =+ de route abiméé = la mort du village

Thomas 31/03/2007 16:42

Bonjour Michèle,je crois qu'il y a deux aspects à cette question. Tout d'abord il y a une inégalité incroyable dans l'accueuil des très petits. Seuls 20% des moins de 3 ans bénéficient d'une structure. Cela implique bien souvent pour les mères le sacrifice de leur vie professionnelle, à moins qu'elles aient les moyens d'un mode de garde. Le congé parental, c'est bien, mais cela implique une baisse des revenus.L'autre aspect, c'est la diversité de l'existant. On ne va pas faire table rase des structures publiques, associatives ou des assistantes maternelles par exemple. Parce qu'elles font du très bon travail mais aussi parce que si on envoie les enfants de deux ans à la maternelle de façon systématique et d'un seul coup, on met en péril ce qui existe déjà et qui fonctionne.On doit donc mettre en place un service public de la petite enfance qui prenne en compte toutes ces possibilités dès la 10 ème semaine (la fin du congé de maternité) et à partir de 2 ans associer de façon obligatoire l'école au mode de garde, et pourquoi pas, en effet scolariser.Mais c'est un faux procès de dire, comme certains le font, que Ségolène Royal est opposée à la scolarisation des enfants de deux ans. C'est exactement le contraire.

MichÚle Leflon 30/03/2007 23:19

Dans le cadre du débat ardennais sur la scolarisation à deux ans, j'ai cherché ce qu'en disait S. Royal : pas un mot. Son intervention à Revin m'avait interrogé. Un service public de la petite enfance est nécessaire. Il ne doit pas se substituer à la possibilité de la scolarisation des enfants à deux ans. S. Royal serait-elle influencée par les derniers rapports qui condamnent l'école matenelle à deux ans ? Ces rapports sont effectivement utilisés par ceux qui veulent la mort de l'école maternelle. Ils condamnent surtout l'insuffisance des effectifs des enseignants. Mais l'école à deux ans est et reste un bon moyen de lutte contre les inégalités sociales.Pour ceux qui en douteraient, le programme de Marie Georges Buffet veut développer la scolarisation des enfants à deux ans.